ETRE CREUSOIS

"Tapisserie"
Nous avons tous une raison d'être creusois, parfois inscrite dans la laine... partagez cette histoire


TRADITIONS
Un peu de notre langue, de notre musique, notre cuisine et ce qui se passait par ici...


 

Par mon père, je suis descendant d'une longue lignée de lissiers, faiseurs de chair d'Aubusson qui ont inscrit dans leurs trames les modes de leurs temps.

Par ma mère, un de mes ascendants a sorti des tonnes de charbon de "notre" terre.

Ici , d'autres sont fils ou filles des maçons qui ont construit Paris.

Nous ne sommes pas propriétaires de cette histoire, de ce passé et cela ne nous donne ni le pouvoir d'assembler les pierres ni celui de traduire des images dans la laine, encore moins d'en faire une affaire commerciale.

Pourtant c'est notre héritage, ce qui fait que nous sommes ou nous sentons Creusois.

Aujourd'hui nos traces sont virtuelles mais l'esprit de ces pages est le même : elles portent notre identité.



Le débat sur l'identité creusoise a été lancé par Jean-Noël SAINTRAPT

Sur la "Liste Creuse" son texte a suscité des échos et des contributions de
Alain CHIROUX, Francis DUCHIRON, Jean FERON, Frédéric GRAVIER, Lionel NADAUD,Jean-Noël SAINTRAPT, Philippe STEINBERG...
Greffier : Lionel NADAUD
 

En citant Jean Guitton, Frédéric Gravier fait écho à Jean-Noël SAINTRAPT :

" ...qu'est ce donc un pays ? pour celui qui respire dans un lieu dit, isolé de tout village, à cinq km du clocher voisin, un pays, c'est une circonférence de 5 à 6 km de rayon, tracé autour d'un point pris comme centre, qui est votre demeure. Cette circonférence enferme tous les êtres vivants selon leur espèce, comme dit le premier chapitre de la genèse : élément sec, élément humide, poissons et reptiles, bétail, végétaux, hommes et femmes sous la voûte des cieux, qui existent sur un rond de terre borné par les hameaux du Puy de Mergue, du Masrambaud, de Théollet, d'Epinasse, de la Châtre, de Pont. Ce domaine fictif est traversé par une rivière nommée la Tardes, affluent du Cher. On pourrait tracer le cercle d'une manière un peu plus large ; on trouverait alors des églises avec leurs clochers d'ardoise, fins au sommet, ventrus à la base, les églises de Lupersat, de Saint-Sylvain et de Bellegarde en Marche, de Champagnat, de Saint-Domet, de la Serre et de Mainsat. Si l'on élargissait ce cercle encore on trouverait à 20 Km des gares de chemin de fer : Auzances et Aubusson..."

Le pays dont je parlerai appartient à la Combrailles, petite province aux limites de la Haute-Marche, du Bourbonnais et du Franc-Alleu. On a dit que ce pays de Combrailles était un peu à l'extrême Nord du monde Occitan, comme un pays de Thulé, pays d'ermites, de chevaliers et de fées. c'était en tout cas la défense de l'Aquitaine et du monde romain contre les mercenaires venus du Nord.

Au coeur de la Combrailles repose la vallée. Une route s'est posée sur ce paysage à la fin du dernier siècle. Elle décrit des lacets nonchalants, comme le voulait le génie rural au temps des notables, lorsque les routes devaient permettre au cabriolet du médecin, aux chevaux de deux gendarmes de trotter toujours. Les droites voies romaines, les autoroutes sont d'un autre type, celui des surveillances et de la vitesse. Les chemins de ce pays appartiennent à l'âge intermédiaire entre les épines, celui de la lente durée, des pentes modestes, des longues courbes et des serpentements.

La route au temps de ma mère était tapissée de granit rose, elle passait sous l'ogive des grands arbres. C'était l'artère par laquelle le sang passait à nous, mais goutte à goutte, sous la forme d'une voiture, paresseuse à la montée, trépidante à la descente".

 

Jean Féron a ensuite étendu le débat de l'identité creusoise au caractère creusois :

"L'identité creusoise ( la "creusoïté" ?) est sans doute une notion à considérer avec circonspection.

Plusieurs courriers, ces derniers temps, abordent le thème. J'y ai relevé un portrait des Creusois, par touches sombres successives, qui ne fait, me semble-t-il, que confirmer une tendance au doute, voire à l'autoflagellation lorsqu'elle est exprimée par des "Creusois", tendance précisément regrettée.

Un cercle vicieux ! Comment en sortir ?

Mais d'abord... je ne suis pas sûr, qu'il y ait un caractère creusois, encore moins une identité creusoise.

Ce dont je suis sûr, en revanche, c'est que beaucoup des personnes que j'ai rencontrées ces derniers temps et qui, venues en Creuse, sont attachés à ce pays et essaient d'y vivre... ne sont pas nées en Creuse.

Pour ma part j'ai une ascendance creusoise. Mais je vais sans doute décevoir plusieurs d'entre vous : je me sens moins Creusois que... comment dire..."citoyen du monde". Et j'ai eu l'occasion de vérifier que sur le chantier du site, avec des Creusois du creuset, travaillent des Creusois d'élection.

Plutôt que de nous prévaloir de notre creusoïté (valeur d'exclusion si nous n'y prenons garde), n'aurions-nous pas intérêt à chercher ce qui, dans ce pays, qu'on en soit originaire ou non, nous intéresse et nous attache ou nous attire. Et aussi, bien sûr, ce qui rend la vie difficile en Creuse, ce qui pourrait la rendre meilleure, donner l'envie et la possibilité de venir ou d'y revenir".

 

Francis Duchiron est d'accord pour élargir la notion d'identité :

"Bravo Jean, pour cette définition de l'identité "creusoise", pour moi on est "creusois" par son attachement à ce morceau du monde dont nous sommes tous des citoyens pour reprendre ton expression. Et cela quelles que soient nos origines, mais certainement pas par notre ascendance, cela ne voulant rien dire compte tenu des énormes brassages de populations que nous avons connus (La Creuse c'est au sud de Poitiers, donc on doit bien être un peu arabe quelque part !) et nombreux doivent être " nos maçons de la Creuse" qui ont dû ramener des épouses venant d'ailleurs".

 

Lionel Nadaud s'est exprimé sur la Creusoïté (terme parlant créé par Jean Féron) :

"Quelques mots pour commenter ton propos sur la creusoïté, valeur d'exclusion qui, pour moi, est extrêmement important :

Le plus important des concepts de la Psychologie adlérienne est le sentiment de communauté humaine. De son développement dépend celui des autres qualités humaines, intelligence, courage, etc. Notion simpliste pour le lecteur pressé, c'est en fait un concept clé complexe qui présente de nombreuses facettes et parmi celles-ci : le sentiment d'appartenance. N'est-ce pas ainsi que tu définirais la creusoïté? le sentiment d'appartenance qui réunit Creusois de souche et Creusois d'élection dans un même attrait pour ce pays, ses habitants, sa nature... Pour notre développement nous devons pouvoir satisfaire, dans l'ordre (Maslow), nos besoins physiologiques, faim, soif, fatigue... notre besoin de sécurité, d'amour, d'appartenance, de participation, qui conduit au besoin d'estime de soi et des autres, et enfin au besoin de s'accomplir.

Cela commence dès la conception, il y a fusion biologique mère-enfant. A partir de la naissance, l'enfant va construire sa personnalité, son style de vie, notamment, d'abord dans l'attachement à la dyade mère-enfant où il rencontre l'autre, puis à la famille; déja là, une appartenance trop forte ou déséquilibrée à l'un ou l'autre des parents, ou de la fratrie, peut créer des alliances et l'exclusion. L'enfant gâté, l'enfant délaissé, l'enfant handicapé risque d'être bloqué dans son avancement vers des formes d'appartenance plus élargies : appartenance à la communauté scolaire, aux amis du quartier, puis à l'entreprise, à la citoyenneté : commune, canton, département région, nation, continent, humanité, cosmos... Certains qui ne développent pas suffisamment leur sentiment de communauté restent bloqués dans ce développement avec des conséquences souvent graves, tant pour eux que pour la communauté, (maladie mentale, délinquance).

Chaque étape vers l'extérieur du sentiment d'appartenance est une extension vers d'autres du sentiment de communauté humaine. S'il se bloque à un stade il comporte le risque de faire prévaloir cette appartenance particulière pour mépriser, exclure les autres, voire pire. C'est par exemple les bagarres entre jeunes de différents quartiers, entre supporters sportifs, la liste pourrait être longue sans être exhaustive... .

 

Frédéric Gravier cite le proverbe guérétois, datant certes d'un temps oùl'on voyageait moins :

"De Bénévent il ne vient ni bon vent, ni bonnes gens".

C'est ce danger que tu évoques que je voulais souligner. Des individus à tendance paranoïaque sont experts pour dévoyer le sentiment d'appartenance des éléments du groupe pour prendre le pouvoir. C'est un point sur lequel avait insisté le congrès international adlérien de Munster en Allemagne, pourtant pays de Goethe et de Beethoven, où ce dévoiement du sentiment de communauté d'un peuple a été exploité de l'horrible manière que l'on connaît...

Tu as mis là le doigt sur un côté très dangereux du sentiment d'appartenance lorsqu'il ne s'étend pas au monde entier. En totale harmonie avec toi : Creusois, oui, mais aussi citoyen du monde..."

Alain Chiroux pousse à l'ouverture de façon plus concrète, il écrit :

"Bravo Jean , c'est exactement ce que je pense aussi tout en étant Creusois d'origine, et c'est pourquoi je souhaite que le site s'ouvre beaucoup plus vers l'exterieur avec des partenariats ou autres moyens ( je parlais récemment du Canada ) mais nous pouvons aussi tabler sur une position européenne ( ne serait-ce que par une situation geographique relativement intéressante sur les axes Paris-Espagne et Atlantique - Centre Europe )

Il préfère la formule : "Citoyen du monde d'abord et Creusois en particulier"

 

Mentalité creusoise : Lionel Nadaud écrit :

"La psychologie adlérienne a montré que les traits de caractère ne sont pas innés mais acquis. En cette fin de siècle la quasi totalité des courants de la psychologie prennent cela comme un acquis scientifique. Cela tranche la vieille querelle de l'inné et de l'acquis en psychologie : "les êtres humains ne naissent ni bons, ni mauvais, mais ils peuvent être éduqués dans l'une ou l'autre de ces modalités", d'où l'importance de l'éducation. Pour le devenir de l'enfant ce n'est pas le patrimoine héréditaire qui est le plus important, même si l'on admet quelques prédispositions génotypiques ( par exemple à la psychose maniaco-dépressive), mais ce qu'il va faire de ce patrimoine sous l'influence du milieu. Il devient ce qu'il se fait, il auto-programme son style de vie. La croyance dans l'hérédité des traits de caractère est fausse.

 

Francis Duchiron apporte à ce propos la confirmation de la biologie :

"Cela a aussi clairement été montré par les travaux de génétique des populations qui montrent sans aucune ambiguité la prédominance de l'acquis sur le comportement et "l'intelligence" de chacun par rapport à l'inné (ce qui vient des gènes)" Il insiste aussi sur l'importance d'une alimentation correcte pour le développement cérébral, (ceci rejoint Maslow cité plus haut).

 

Voici ce que disent les principaux intervenants sur la mentalité creusoise (si quelqu'un est oublié qu'il me pardonne) L.N. :

Pour Philippe Steinberg :

"La question identitaire est en effet très difficile à déterminer. En revanche, j'affirme qu'il y a un socio-psychologie spécifique aux Creusois. Tout d'abord, on trouvera toujours des exceptions aux généralités énoncées cela ne diminue pas pour autant leur pertinence, mais cela rappelle la difficulté majeur des sciences humaines : la distinction entre l'individu et la population (au sens statistique). Contrairement aux sciences il n'existe pas, dans ce domaine, de lois universelles. Il existe néanmoins des grands traits de caractères communs aux creusois(es). Ces quelques points communs à une population ne sont nullement dus au hasard mais s'expliquent bien souvent par l'histoire, la géographie, l'économie, etc. Tout d'abord les Creusois sont, à mes yeux, très souvent fatalistes. J'insiste sur le terme car il est radicalement opposé au pessimisme. Il ne s'agit pas de craindre l'échec mais plutôt de penser que l'action n'agit pas sur le monde. Des éléments statistiques vont dans ce sens : le taux de suicide est particulièrement élevé en parallèle avec la moyenne nationale, en revanche il se situe dans le bas de la fourchette des départements ruraux. Ce que je ressens est plutôt de l'ordre du mal vivre et de l'absence de sens. Effectivement plein de choses prouvent que pour les rescapés de l'exode urbaine "la Creuse ça marche" mais là encore les gens ne sont pas fiers. Si cela marche c'est que cela devait fonctionner ;-) Bien sûr les gens de la liste Creuse ne sont pas révélateurs de la population creusoise (ni en âge, ni en niveau d'étude, ni en capacité de s'ouvrir sur le monde, ni en maîtrise de la communication). Cela n'empêche pas, au contraire, son utilité "d'élite" consciente de sa responsabilité quant à la nécessaire prise de conscience par le Peuple de Creuse de la nécessité de "se botter le cul" pour aller de l'avant".

 

Francis Duchiron :

"Concernant la "mentalité creusoise" dont il a beaucoup été question ces derniers temps. Pour moi elle n'existe pas, le "creusois" n'est pas plus pessimiste ou fataliste que les autres. Nous les "exilés" constatons que cette mentalité est uniformément répandue. Y en aurait-il une fréquence un peu plus élevée en Creuse qu'ailleurs, peut-être quand même, mais pour moi se serait plutôt dû à ce que nous appellons en sciences (génétique des populations) un phénomène d'enrichissement en un phénotype donné. Essayons d'expliquer, la Creuse est depuis longtemps une terre d'émigration. Or l'émigration n'est pas uniforme en terme de caractère des populations qui émigrent, ceux qui partent sont ceux qui refusent d'une manière ou d'une autre la condition qu'ils auraient en restant et ceux qui restent sont ceux qui l'acceptent, ce phénomène provoque un accroissement relatifs de ces derniers et ces ceux-là qui ont souvent (pas toujours) les traits de carctères que vous mentionnez de pessimistes ou fatalistes. Ils sont tout aussi présents ailleurs mais comme il y a eu moins d'émigration, ils sont dilués. On peut même trouver des zones ou le phénomènes inverse se produit, ce sont tout simplement les zones ou s'établissent ceux qui émigrent (le plus bel exemple en France en est la région parisienne)".

 

Alain Chiroux :

"Je ne pense pas qu'il y est une particularité creusoise pas plus qu'une particularite corrézienne ou "haute-viennoise" , les particularités des individus sont plutot dues a l'univers qui les entoure : quelqu'un vivant en région montagneuse ou glaciaire ne peut pas ( par définition) avoir le même comportement qu'un autre vivant dans une région baignée par le soleil... etc".

 

Frédéric Gravier :

"Les traits communs de caractères sont à nuancer, la Creuse étant un département créé de différentes régions disposant de cultures et de liens communs différents, Limousin au Sud, Bourbonnais au nord-est, Auvergnat à l'Ouest, Poitevins à l'ouest".

 

Lionel Nadaud penche plutôt pour la position de Philippe :"mais si des caractères dominants existent et je crois qu'ils existent pour une population donnée, à un moment donné, ne faut-il pas parler de mentalités creusoises, au pluriel. Les caractères dominants sont-ils les mêmes pour les Creusois de souche restés au pays ? pour les creusois de souche qui se sont expatriés ? Ceux des ruraux sont-ils les mêmes que ceux des habitants des villes et bourgs ? probablement pas... Y-a-t-il des points communs à toutes ces catégories... pas sûr... Quels sont ces traits dominants par catégorie ? Pas facile à dire. Pour les ruraux de souche, le fatalisme au sens de Philippe peut-être, la ténacité, la dureté au travail, le courage, la méfiance vis-à-vis de "l'étranger", la résistance au changement, la fidélité en amitié... cela vient à l'esprit, mais ce n'est pas évident...".

 

Ainsi, que les intervenants pensent ou non qu'il existe une mentalité creusoise, il est réconfortant de constater que pour tous, cette découverte scientifique de notre siècle que les traits de caractère ne sont pas innés mais acquis, donc sensibles à l'éducation, a fait son chemin et est bien comprise. Petit à petit cette croyance, encore très répandue, en l'hérédité du caractère, croyance qui a sous-tendu tant de malheurs et d'horreurs laisse la place à une position scientifique laissant de l'espoir pour un monde meilleur qui pourrait être obtenu par une éducation bien conduite, basée sur le développement du sentiment de communauté humaine ; sur l'affirmation de soi par les talents les compétences au lieu de la recherche de la domination des autres par la ruse, la force et la violence.

 

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