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Amateurs de sensations fortes, vous risquez dêtre déçus car il ny a rien de mystérieux
dans ce bourg, qui ne doit pas son nom à des phénomènes inexpliqués mais plus simplement
aux deux familles qui lont possédé au fil des siècles, les "Magnat" et les
"de Lestrange".
Ce petit village de trois centaines dhabitants monte et descend les puys du coin : près de deux
cents mètres séparent le point le plus haut de la commune (864 m) et le plus bas (668 m).
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Le château
Le château de Magnat se trouve juste à côté de léglise. Ses pierres du Moyen-Âge
et de la Renaissance tombent aujourdhui en ruine. Déjà au début du siècle, les observateurs
se plaignaient du manque dentretien de ce bâtiment. Il ne peut pas être visité en létat.
Léglise
De style roman, elle mérite un coup dil pour son double-clocher mur, très rare, son retable du
XVIIe siècle et son abside.Certains font remonter la naissance de Magnat vers le Xè siècle, autour
dun prieuré qui aurait été détruit par des Normands venus envahir la région. Le
début de la construction de léglise actuelle daterait de cette époque. La partie la plus ancienne
de cette église est labside pentagonale. Vue de lextérieur, elle présente des pierres à
joints minces, des colonnes-contreforts et des ébauches de têtes humaines qui soutiennent la corniche. Lorsque
le soleil est très rasant, on peut encore apercevoir une inscription, devenue illisible avec le temps, sous une fenêtre :
"consecrata fuit ecclesia ista die III mensis iu[n]ii anno Dominici MVC°XXIII" (cette église
fut consacrée en ce troisième jour du mois de juin (ou juillet) de lannée 1523).

A l'extérieur, il faut également sarrêter devant le clocher, rare puisquil nen existe
que cinq de cette sorte en France. Deux clochers-murs sont placés perpendiculairement, lun formant la façade
de léglise, lautre étant dans le prolongement du mur nord de la nef. A côté, veillant
sur les cordes des cloches, un vieux lion en pierre.
Ce double-clocher fait lobjet dune légende:
"Avant de partir en
croisade, le seigneur de Magnat promit au curé de la paroisse, sil revenait vivant de son périple, de
payer un clocher pour léglise. Mais son absence se prolongea et sa femme prit un amant. Désirant lépouser,
elle acheta laccord du curé en payant le clocher promis par son mari. Mais malchance pour elle, son mari revint
dOrient quelques temps après. Il tua la femme et lamant mais, ayant promis le clocher à un homme
déglise, le fit construire malgré tout, ce qui explique la présence des deux clochers."
A lintérieur, la nef comporte quatre travées voûtées en berceau brisé, avec quelques
sculptures " rudes ", représentant des masques humains, des animaux, etc. Deux chapelles, nord
et sud, datent des XVIIe et XVIIIe siècles.
Derrière lautel, le retable en bois a été mis en place au XVIIe siècle. Il est un des
rares en Creuse à posséder un tabernacle à bas-relief. Sont représentés la Vierge et
Saint Pardoux, les deux patrons de lEglise. A droite et à gauche, se trouvent la Nativité et lAdoration
des Mages, reproductions dimages de la Bible de Royaumont.
Magnat et ses villages chantés
Tout autour du bourg, se trouvent les villages de Magnat. Certains ont connu une vie intense au début du siècle
(plus de cinquante enfants de lécole venaient de la Chaudrue). Les mille cinq cents âmes que comptait
Magnat vers 1900 se sont aujourdhui réduits à moins de trois cents. En 1861, un habitant a rendu hommage
aux villages, en écrivant une chanson.
Les Villages de Magnat, par Victor Arnaud
Refrain
Beau voyageur, ami de la nature,
Qui loin du bruit veut couler d'heureux jours,
Viens admirer de Magnat la parure
Et tu voudras t'y fixer pour toujours.
I
Sur la Rozeille, au pied d'une colline,
Son vieux clocher domine les vallons,
Et son château, dont la flèche s'incline,
Aux yeux de tous montre ses beaux vallons.
II
Près de Magnat, une forêt profonde
Offre aux chasseurs deux plaisirs à la fois,
Car au milieu se trouve Vergneredonde,
Plein de fruits mûrs, de filles au frais minois.
III
Au Moulin-Grand, en suivant la lisière,
Vous trouverez Bartaux et Mansouleix,
A l'opposé, tout près de la rivière,
Le Magataut, Mazet et Palageix.
IV
Du temps passé étudiez-vous l'histoire ?
Nouaillat le grand remplace de Montvers
Ce beau château de célèbre mémoire
Qu'a renversé notre siècle pervers.
V
Sur les confins de ce noble héritage
Est le château d'un grand aventurier,
Un peu plus loin, dans un simple ermitage,
Vit loin du monde un modeste guerrier.
VI
Puy de l'Etang, la colline enchantée,
Villa Chauvel embellit les côteaux,
Tu captivas, ô terre fortunée,
Un philosophe, un moine de Citeaux.
VII
Je chante encor mon vieil ami d'enfance,
Pour qui je garde un profond souvenir,
Ce vieux soldat de notre belle France,
Qui jour et nuit garde notre avenir.
VIII
Des Brugeaux gris que la forêt domine,
Du Bois-du-Suc, aux sapins toujours verts,
Vous contemplez la belle condamnée
Qui se réjouit au milieu des hivers.
IX
De mon filleul à l'amitié sincère,
Chantons la Croix, la Jassière et l'Etang,
Ces lieux charmants que mon âme vénère
Me font revoir mes beaux rêves d'antan.
X
Vieux révoltés, jeunesse tapageuse,
Dormez en paix, sous la Croix-du-Pontis,
Sur vos cadavres, la bonne religieuse
Verse l'espoir sur les curs repentis.
XI
La Croix-Lavaud, La Chaudrue, Lespinasse
Furent toujours fécondes en gibier,
Mais n'allez pas, quand le corbeau croasse,
Sur ces hauteurs poursuivre le sanglier.
XII
Le Mas, Toureix, La Mas Rouge et La Besse
Sont un berceau de feuillage et de fleurs.
A Prieuré habite l'allégresse,
Et de tous temps on vanta ses danseurs.
XIII
Gaschard, au pied d'un monticule,
De Cherboucheix nous ouvre le chemin.
A Cherboucheix où la vie se module
Sur les accords d'une harmonie sans fin.
XIV
Si vous aimez l'aspect d'un beau paysage,
Le Pont tout droit vous conduira à Beauregard.
De La Chérie fuyez le caquetage
Si dans ce lieu vous conduit le hasard.
XV
Préférez-vous les visions, les fantômes,
Les feux follets, les sorciers, les lutins ?
La Lampe s'ouvre et des milliers de gnomes
Aux bons paysans font des tours clandestins.
XVI
A Solignat rayonne la jeunesse.
Louche pourrait vous tenir sous son joug,
Mais la Ribière vous plonge dans l'ivresse
Et ce n'est rien auprès de Ventéjoux.
XVII
Moulin-Ganet, chez Labas et La Chérie
Furent toujours de paisible harmonie
Où l'homme heureux vit et dort à son aise
Et danse encor au son du chalumeau.
XVIII
Se vautreront dans les plaisirs frivoles
Dont les Laches bas fleuriront le chemin,
Les vieux farceurs, les jeunes têtes folles,
Qui dans l'amour ne voient rien de dur.
XIX
Voyez là-bas, à l'horizon qui brille,
Le Bost se montre, entouré de ses bois.
C'est le castel d'une ancienne famille
Issue, jadis, du sang de nos bons rois.
XX
Pardonnez moi cet orgueil légitime
A tous ces lieux je préfère Traleprat,
C'est pour lui que je cherche une rime,
Lui le berceau du chanteur de Magnat.
XXI
Prenez le deuil, Le Mont-Dore, La Bourboule,
Car désormais touristes et rentiers
De La Videix vont admirer en foule
Les clairs ruisseaux et les ombrageux sentiers.
XXII
Mais pour goûter des plaisirs sans mélange
Ô croyez-en l'auteur de la chanson,
Amants heureux, curs purs, ô mes chers anges,
Allez rêver, aimer à Robinson.
XXIII
Pour réunir ces noms dans ma romance,
Vous le voyez, j'ai fait plus d'un détour.
Pour terminer, je gardais l'Espérance
Mais un ami m'a choisi Gué d'Amour.
Crédit photos: Corinne Montculier, Luc Nadaud (Magnat
sous la neige)
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