![]() ![]() Le grand bourg de Salagnac. De la grandeur et de la puissance de Salagnac, il ne reste plus qu'un charmant village situé sur la rive droite de la Gartempe, à deux kilomètres du Grand Bourg. Quelques maisons s'ornent de linteaux et frises récupérés dans les ruines du château.
Déjà, du temps des Romains, il existait à Salaniacum un oppidum dit "Camp de César", à peine devinable sur la butte qui domine la rivière face au château (Puy de Savennes). La "Villa de Salagnac" était un fief des chanoines de la cathédrale de Limoges; les archives du chapitre mentionnent l'existence du château en 1030; il appartenait, alors, à la famille des comtes de Salagnac (dont un certain Atton est cité comme témoin de la fondation du Moutier d'Ahun en 997). Il aurait été assiégé en 1190 par Richard Coeur de Lion. De mariages en héritages, le château de Salagnac revient aux Brachets, illustre famille creusoise, déjà seigneur de Montaigut . En 1575, le château est définitivement détruit dans la tourmente des guerres de religion. Mais la proximité de la voie romaine allant d'Aigurande à Saint Goussaud, et la renommée de Saint Léobon, ont déjà donné naissance à un nouveau village, bientôt plus important que Salagnac: "le grand bourg de Salagnac". Saint Léobon. Mais qui était Saint Léobon ? Il est aujourd'hui très difficile de raconter sa vie, alors contentons-nous de sa légende ... Saint Léobon est né à Fursac en l'an 480. C'était un ermite qui vivait retiré, priant et cultivant la terre. Les jeunes gens se moquaient de lui et tentaient de lui gâcher la vie. Un jour, ils lui envoyèrent une fille de joie; Léobon s'étendit sur la braise de son feu et lui dit: "Viens te coucher avec moi". La fille n'insista pas ! Lassé de ces brimades, Léobon décida de quitter Fursac. Longeant la rivière, il se retira, sur la paroisse de Salagnac, dans un lieu désert abrité du vent du nord par une grosse roche. C'est là qu'il mourut en 531 et que les habitants l'enterrèrent. Au fil des siècles, son tombeau devint un lieu de miracles fréquenté par de nombreux pèlerins.
Dans la nuit, on entendit alors une voix qui disait : "Gardez mon bras droit, toute ma force est dedans". De cette histoire, il nous reste la rue de la Pierre Grosse (en haut de la Place de la Mairie) qui même aux restes d'un rocher où est encastrée la petite fontaine de Saint Léobon, dans l'église, un bras reliquaire contenant quelques reliques du saint et, sur la route de Fursac, une petite croix qui marquerait le lieu de cette mémorable bataille. Autour de l'église.
De ce riche passé religieux, il reste encore, tout autour de l'église, des sarcophages et des urnes funéraires exhumés lors de divers travaux de terrassement. Il reste aussi, entre les deux portes, cette curieuse pierre ronde appelée "chaire à prêcher". Or, il semble bien que, si au cours des siècles ce monument a pu servir d'ambon, de marchepied pour la criée, voire de montoir à mulet ou de pierre funéraire, sa destination primitive soit tout à fait différente. Selon une étude de la Société des Sciences de la Creuse [1] menée en 1923, le monument serait, en fait, le socle d'une fontaine. La pierre est entourée par une rigole légèrement pentue par où l'eau s'écoulait vers un déversoir en cascade dont les gradins (sept à l'origine) taillés en arc de cercle ont la même pente que la rigole. L'église Notre-Dame.
La décoration est très sobre. Il est facile de voir la différence de style entre l'église principale du XIIIème avec ses fenêtres étroites et les chapelles latérales du XVIème siècle avec leurs baies de style flamboyant.
La partie droite du portail est masquée par le clocher ajouté au XVIIème siècle. En 1898, un orage a détruit la toiture octogonale couverte de bardeaux et ses quatre clochetons qui faisaient dire: "Au Grand Bourg, il y a un clocher et quatre sans cloche". Un tableau, situé près de l'entrée, illustre cette originale toiture.
Dans un souci d'esthétique, pour accentuer la perspective, les bâtisseurs ont incliné les colonnes de la nef vers l'extérieur. Cette astuce architecturale est visible depuis le choeur. Les vitraux dont la restauration est en cours, ont retrouvé leur splendeur originelle; il faut les voir le matin vers dix heures quand le soleil fait jouer leurs chaudes couleurs.
Dans le bras nord du transept se trouve un gisant. L'inscription gravée tout autour dit : "Ci-gît, Maître G., curé de Salagnac, chanoine de Limoges, qui fit construire cette église et qui mourut le 13 des calendes de décembre de l'an N.-S. 1277. Que son âme repose en paix. Dites pour lui un Notre Père". Selon toute vraisemblance, ce gisant provient de l'église Saint Léobon construite en 1265 et détruite en 1745. Près de ce gisant, se trouve la chapelle du Masgelier construite au XVIème siècle. Cette ancienne chapelle privée est surtout remarquable pour sa magnifique voûte plantagenaise à cinq clés, dont les nervures se terminent en colonnes sans chapiteau. Le retable de l'autel restauré en 2004, est constitué d'une pièce de cuir de Cordoue repoussé. Deux anneaux fixés dans une dalle, indiquent qu'il s'agit d'une chapelle funéraire. La jolie Vierge dorée de style baroque "Notre-Dame des Eaux-Vives" était aupravent placé dans la chapelle de la Vierge.
La chapelle de la Sainte Vierge date de la fin du XVème siècle. Elle recèle un beau chapiteau roman illustrant, semble-t-il, le supplice d'un martyr. Trouvé par hasard lors de travaux, il provient, sans nul doute, d'une des deux premières églises. L'église cache beaucoup d'autres mystères. Existe-t-il une crypte ? Des indices recueillis lors des travaux de modification du choeur, en 1963, peuvent le laisser croire. Où conduit ce souterrain muré dans le mur sud (la tradition veut qu'il rejoigne le château de Salagnac) ? Qu'en est-il de cette "Salle des Gardes" inaccessible située au dessus de la chapelle de la Vierge, et de cet encorbellement disparu de la deuxième travée auquel on accède par un escalier dissimulé dans les voûtes, ou de ce glaive et de ce blason gravés près d'un enfeu dont le gisant a disparu ? En levant le regard vers les toits, on peut apercevoir des modillons (têtes sculptées) soutenant la charpente du choeur.
Autour du Grand Bourg.
Les circuits nous font longer la Gartempe, ses truites et ses moulins (moulin de Ribbes, moulin Sebrot, moulin du Pont). Parfois, ils nous emmènent autour des étangs (la Toueille dans son écrin de verdure, étangs de Livergnat, étang de la Ribbe, ...) où l'on peut apercevoir, si l'on est patient, des hérons cendrés, des griffettes noires, des alouettes lulu et autres burants des roseaux.
Ils nous font admirer quelques belles demeures privées qui,
hélas, ne se visitent pas (manoir de la Cour, château
de Colonges, château de la Ribe, château du Masgelier, château
de l'Age au Seigneur, ...). Derrière l'église, le magnifique bâtiment du XVIIIème que fut le Pensionnat des Dames du Verbe Incarné, avant de devenir presbytère, est maintenant déserté. La commune lui cherche une destination.
Pour les flâneurs qui souhaitent prolonger leur séjour, il existe, sur la commune, plusieurs gîtes ruraux et une ferme auberge (à 2,5 km en direction de La Brionne) qui possède son propre site internet. Le Grand Bourg est aussi raconté par les enfants sur le site web de leur école. Allez les voir ! [1] Les études de la Société des Sciences Naturelles et Archéologiques
de La Creuse, publiées depuis plus de 150 ans, ont largement contribué à entretenir notre mémoire
collective.
24, avenue de la Sénatorerie 23000 Guéret. [2] Voir le Guide des Sentiers et Randonnées du Pays des Eaux vives, publié
par l'Office de Tourisme de la Communauté de Communes de Bénévent / Le Grand-Bourg.
2, rue de la Fontaine 23210 Bénévent l'Abbaye. Email: ot.eaux.vives@wanadoo.fr
Crédit photos: Christine et Alain Tixier
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