Bénévent l'AbbayeCommune de Bénévent l'Abbaye

La naissance

"Avec le consentement volontaire de notre évêque Gui [de Laron], nous accordons aux religieux Raimond et Boson, ainsi qu'à leurs compagnons, un lieu convenant à la construction d'une église pour le service de Dieu. Ce lieu est situé dans une dépendance de notre domaine [de Salagnac] ordinairement appelé Segunzolas (Sigoulet ?). Nous leurs donnons, ainsi qu'à ceux qui construirons l'église pour vivre et pour subvenir aux besoins de tous les frères, [...] une part des bénéfices de notre domaine : trois manses (fermes) près de Segunzolas, une manse près de Sauzet [...], ainsi que la borderie des Combes".

Eglise et AbbayeCe texte rédigé le 8 novembre 1080, par le chapitre des chanoines de la cathédrale de Limoges, est l'extrait d'acte de naissance de l'abbaye de Bénévent. Bernard Gui, historien dominicain du XIVème siècle, écrira: "Le lieu fut changé de nom et prit celui de Benevento en Italie, d'où venaient les reliques de Saint Barthélémy déposées dans son église". Dès 1105, une lettre du Pape emploie le nom de Bénévent pour parler du monastère.

La possession des reliques d'un apôtre et sa situation sur la route de Saint Jacques de Compostelle, vont contribuer au développement et à l'enrichissement du monastère. La magnifique église que nous connaissons encore aujourd'hui est construite en quelques années (1120-1150), ce qui suppose des richesses considérables.

Très vite, un bourg se forme autour du monastère. A une date impossible à préciser, il devient assez important pour être érigé en paroisse indépendante de Salagnac (voir Le Grand Bourg) alimentant, s'il en était besoin, une querelle de clocher, bientôt millénaire (l'abbaye contre le château, les riches contre les pauvres, la ville contre les champs, ...); ne disait-on pas au Grand Bourg: "De Bénévent, ni bon vent, ni bonnes gens" !

L'église et l'abbaye.

Nouvelle lanterneL'abbatiale est un superbe exemple de style "roman limousin" avec ses collatéraux étroit et sa lanterne octogonale à la croisée du transept. Lors de la restauration de 1873, l'architecte Abadie, crut bon de remplacer le clocher par un cône préfigurant les dômes du Sacré-Coeur de Paris dont il fut, également, le bâtisseur. Une récente restauration a coiffé le cône d'une charpente couverte de bardeaux, plus proche du style roman.

Les pèlerins revenant de Saint Jacques de Compostelle ont certainement inspiré le style hispano-arabe du portail polylobé.

L'intérieur de l'église est remarquable par sa décoration; les quarante-quatre chapiteaux sont de pures merveilles de l'art roman. Leur mystérieuse et remarquable inspiration, ainsi que la symbolique de l'orientation de l'église (dans la direction du soleil levant le 24 août, jour de la Saint Bathélémy) ont été décodées par le Docteur Jean Conquet et décrites dans un opuscule disponible à l'Office de Tourisme ("Bénévent l'Abbaye", Editions Verso). L'auteur y décrypte l'harmonieuse architecture de l'abbatiale basée sur l'usage du nombre d'or si cher aux compagnons bâtisseurs du Moyen Age.

Des restes de sépulture sont visibles dans la branche sud du transept. Il s'agit d'une dalle armoriée qui serait celle de l'abbé de Naillac et du gisant d'Humbert qui fut prieur de l'abbaye.

Porte du logis abbatialDu monastère du XIème siècle, il ne reste rien. Modifiée, reconstruite à plusieurs reprises, l'abbaye se limite aujourd'hui à deux bâtiments faisant équerre autour de l'abside de l'église. La porte principale de l'abbaye se trouvait à l'angle de l'équerre ainsi qu'en témoignent les ferrures encore visibles. Les écuries qui joignaient le bâtiment nord-est à l'église ont été détruites en 1873. La construction du bâtiment sud-ouest semble remonter à la fin du XVème siècle. Au vu de la superbe porte d'entrée flamboyante, on peut penser qu'il s'agit là du logis abbatial.

L'emplacement du cloître est sujet à polémique. On sait simplement qu'il fut démoli et comblé en 1726. Il est toutefois raisonnable de penser qu'il se trouvait entre l'extrémité sud-ouest du logis abbatial et le bras sud du transept.

Pendant l'été, l'abbaye et l'église sont illuminées; le spectacle, vu de la route du Grand Bourg, mérite le coup d'oeil.

Le tour du bourg.

FontaineCurieusement, en dehors de l'église et de l'abbaye, il ne reste rien du riche passé de la cité. Tout au plus, on remarque une tourelle à droite de la pharmacie et une jolie fontaine près de l'Office de Tourisme. L'eau s'écoule d'une colonne dans un bassin circulaire mouluré. Autrefois, l'eau du bassin s'échappait par douze trous disposés sur le pourtour, ce qui laisse penser que la vasque se trouvait au milieu d'un plus grand bassin. Cette fontaine provient, certainement, du cloître de l'abbaye où elle procurait une atmosphère propice au recueillement.

Un des derniers abbés, Paul de Pélisson-Fontanier, membre de l'Académie française, dota Bénévent d'un hôpital devenu, depuis, maison de retraite.

AbbatialeAu delà de la gendarmerie, la route conduit au Puy du Gaud (543 m); du sommet, on découvre un joli point de vue sur la vallée de l'Ardour. Au Moyen Age, le puy était le carrefour des chemins de Compostelle venant de Vezelay et Cluny et se dirigeant soit vers Saint Goussaud, soit vers Bourganeuf. Bénévent maintient vivante la tradition jacquaire en mettant un gîte à la disposition des pèlerins de Compostelle.

Beaucoup des monuments mégalithiques de la région ont disparu pour laisser passer une route ou agrandir un champ. C'est pourquoi, le petit dolmen du lieu-dit  "Les Granges", sur la route du Grand Bourg mérite d'être signalé. C'est la porte d'entrée du domaines des "Fades", petites soeurs des farfadets. (Circuit "B1" [1]).

La Scénovision.

Au mois d'avril 2006, s'ouvre, près de l'hôtel du Cèdre la Scénovision. C'est un musée d'un genre nouveau voulu par la Communauté de Communes de Bénévent-Le Grand Bourg. Il raconte la vie rurale en Creuse entre 1870 et la Grande Guerre à travers des animations mariant les divers sens: la vue, bien sûr, mais aussi les voix et les odeurs. Marion, personnage fictif (voix de Marianne Basler), nous guide dans le dédale des faits authentiques, des légendes, des présentations, des objets et des photographies.

Nous y dévrons l'histoire de Paul de Pélisson-Fontanier, inventeur de la liqueur de plantes "la Bénéventine". La liqueur a été recréée et il est possible de l'acheter à la boutique du musée.

Le fabricant de bardeaux.

Bénévent abrite la dernière entreprise européenne fabriquant des bardeaux fendus. Les bardeaux sont des plaquettes en bois de châtaignier; ils donnent aux toits qu'ils couvrent cette inimitable couleur argentée qui fait le cachet de nombreux bâtiments et clochers du Limousin, mais aussi d'édifices aussi prestigieux que le Mont Saint Michel.

BardeauxLes jeunes châtaigniers sont abattus en lune descendante, puis débités en rondins. Après séchage, les bardeaux sont taillés à la serpe; chaque bardeau  mesure environ trente centimètres de long, dix centimètres de large et un à deux centimètres d'épaisseur. L'extrémité visible du bardeau peut être droite, taillée en pointe ou en demi-cercle pour permettre la réalisation d'effets décoratifs. Posés sur les charpentes ou sur les murs, sous l'effet de la pluie et des intempéries, leur couleur passe rapidement de "bois clair" à "gris argenté".

Tous les samedis matins de juillet et août à 10h, Joël Richard fait partager à ses visiteurs étonnés, l'amour et les anecdotes de son métier. Visite gratuite; renseignements et réservations à l'Office de Tourisme du Pays des Eaux Vives: 05.55.62.68.35.

Du cuir au plastique.

A la fin du XIXéme siècle, Bénévent l'Abbaye était une petite ville à l'industrie florissante.

Bière TaravaudLes tanneries travaillaient la peau des agneaux; une rue et un quartier en rappellent le souvenir. Des ateliers fabriquaient des chandelles, des courroies, des machines agricoles. On filait le lin, on taillait des sabots. Perpétuant l'ancienne tradition de l'abbaye, les établissements G.Taravaud brassaient une bière locale. Quant à la Bénéventine, elle n'a pas eu la chance de la Chartreuse et de la Bénédictine; elle a disparu en 1937 avec Paul Pélissier, le pharmacien qui l'avait créée.

En un siècle, tous ces métiers ont disparu; les ateliers et les échoppes sont fermés. Ils ont été remplacés par une usine moderne de transformation de matières plastiques et de caoutchouc.

Mais ils reste toujours le souvenir des boucheries réputées pour la qualité de leur viande de mouton. Les amateurs d'abats exotiques savent toujours se régaler des mâles "frivolités bénéventines".

Autour de Bénévent.

Il existe à Bénévent un excellent hôtel restaurant, l'Hôtel du Cèdre, qui possède son propre site internet. Il est recommandé de réserver.

La municipalité a fait aménager quatre circuits de promenade, piétons et VTT, tout autour de la commune. Un plan est affiché sur la place Saint Barthélémy. [1]

Bénévent l'Abbaye est aussi raconté sur le web par les enfants de l'école et ceux du collège Jean Monnet. Allez les voir !


[1] Voir le Guide des Sentiers et Randonnées du Pays des Eaux vives, publié par l'Office de Tourisme de la Communauté de Communes de Bénévent / Le Grand-Bourg.
2, rue de la Fontaine
23210 Bénévent l'Abbaye.
Email: ot.eaux.vives@wanadoo.fr

encreuse.com
9-mar-06

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Rédaction:
Alain Tixier
(juin 1999 - février 2001)


Crédit photos: Christine et Alain Tixier